Chez Baumann Hüppe, l’offre de brise-soleil orientables est commune entre le tertiaire et le résidentiel : sur ce dernier marché, l’intégration dans la façade reste la principale problématique, notamment en rénovation. © Baumann Hüppe
Chez Baumann Hüppe, l’offre de brise-soleil orientables est commune entre le tertiaire et le résidentiel : sur ce dernier marché, l’intégration dans la façade reste la principale problématique, notamment en rénovation.
Face aux effets du changement climatique, les systèmes de protection solaire se révèlent des leviers efficaces pour limiter la surchauffe du bâti. À condition d’adapter les solutions aux caractéristiques et aux besoins de chaque construction.

Année après année, la multiplication des épisodes de forte chaleur rend plus concrets les effets du changement climatique. Si les variations saisonnières brouillent parfois la perception du phénomène, comme avec ce printemps exceptionnellement humide en France, le constat scientifique est là : Météo France a compté sept fois plus d’épisodes de vagues de chaleur ces 35 dernières années (1988-2023) que durant les 35 années précédentes (1953-1987). Et les prévisions pour les prochaines décennies sont alarmantes, avec deux fois plus de jours de vagues de chaleur d’ici à 2050, quel que soit le scénario d’émission de gaz à effet de serre envisagé. Météo France anticipe aussi des vagues de chaleur plus intenses, jusqu’à cinq fois plus longues que celle de 2003.

Un parc bâti inadapté

TechnicBaie_PS_Ates_StoreGuidage.jpg
© Ates
Très demandés en résidentiel, les stores toiles extérieurs s’adaptent aussi au marché porteur de la pergola bioclimatique.

Parmi les effets du changement climatique, la multiplication des pics de chaleur est le risque auquel le parc bâti français est le plus exposé. En 2023, une étude du cabinet Pouget Consultants pour Ignes a estimé que, d’ici à 2030, plus de deux tiers des logements seront soumis à des vagues de chaleur. Soit près de 21 millions de logements répartis dans tout le pays, à l’exception des régions du nord-est. Le risque est particulièrement élevé dans les métropoles où, sous l’effet de l’îlot de chaleur urbain encore aggravé par le recours à la climatisation, la température extérieure pourrait monter de 4 à 6°C en cœur de ville.

Depuis 2022, la nouvelle réglementation environnementale du bâtiment (RE 2020) prend en compte l’impact des surchauffes pour les constructions neuves. Un indicateur, le DH, traduit le nombre de degrés-heures d’inconfort estival, avec des seuils d’exposition à ne pas dépasser selon les régions. Un premier pas pour préparer l’adaptation aux canicules mais qui a ses limites quand on sait que la construction neuve ne renouvelle le parc bâti qu’à hauteur de 1 % chaque année… « Le plus gros du travail d’adaptation est en rénovation, c’est là qu’est l’urgence, pointe Bertrand Deroisy, responsable du pôle Environnement au sein du bureau d’études T/E/S/S. On a toute une génération de bâtiments livrés dans les années 1960 et 1970 qui arrivent en fin de vie : ces constructions n’ont pas été conçues pour répondre aux enjeux du confort d’été, pas plus qu’elles n’étaient vraiment adaptées pour le confort d’hiver. »

Dans un récent rapport sur l’adaptation des logements au changement climatique, la Cour des comptes demande en priorité à l’État de confirmer l’intégration des protections solaires dans les dispositifs de soutien à la rénovation énergétique. C’est le cas depuis le 1er janvier 2024 pour MaPrimeRénov, qui inclut stores et volets dans les travaux éligibles aux aides, quand ils sont installés dans le cadre de réhabilitations globales. Les organisations professionnelles - dont le Groupement Actibaie - poussent à un soutien encore plus franc, qui pourrait notamment passer par la création de fiches CEE spécifiques aux protections solaires pour encourager la rénovation par gestes.

Savoir proposer la bonne solution

TechnicBaie_PS_Ates_Wittmer-Decker.jpg
« L'arrivée des solutions radio en tertiaire va également faciliter le travail des installateurs à la pose et pour les SAV », Mireille Wittmer et Julien Decker, Ates.

Pour répondre aux besoins d’adaptation des bâtiments, la filière des protections solaires dispose d’atouts, à commencer par une offre industrielle qui s’est considérablement enrichie ces dernières années. « La palette de solutions est aujourd’hui si large que l’on dispose sur chaque projet de nombreuses possibilités pour répondre aux attentes du client en termes architecturaux, esthétiques et de performances. On peut avoir quelque chose de techniquement performant et d’esthétiquement beau », se félicite Mireille Wittmer, directrice Produits chez Ates. « L’offre est mature pour répondre à la fois à la RE2020 et aux particularités des marchés en rénovation. »

Cet élargissement de l’offre produits s’est doublé de pro- grès constants sur la motorisa- tion, et surtout le pilotage des stores et volets. En lien avec les acteurs de la domotique et de la GTB, les industriels ont beaucoup travaillé pour proposer des scénarios d’utilisation toujours plus fins, permettant d’adapter le déploiement des protections solaires en fonction des conditions extérieures. « Nous avons mis en place un laboratoire d’essais où nous testons des programmations pertinentes en termes de réduction des consommations énergétiques », témoigne Fabien Guillot, chargé d’affaires commerciales chez Tellier Brise-Soleil. « C’est très important pour répondre aux exigences de la RE 2020, qui encourage les solutions mobiles, pilotables et, dans l’idéal, autonomes. »

Reste l’essentiel : convaincre les clients de franchir le pas. L’un des enjeux pour la profession reste d’être positionnée plus tôt dans l’acte de conception afin de pouvoir agir en prescription. Pour être efficace, une protection solaire doit s’intégrer dans une approche globale du bâtiment, tenant compte de son orientation, de son environne- ment, des matériaux qui le composent et bien sûr de ses usages. Ce dernier point est majeur, avec des différences marquées entre les marchés du logement, du bureau et des ERP, à la fois en termes de produits et de solution de pilotage.

En logement, un nécessaire équilibre entre hiver et été

Dans le secteur résidentiel, les attentes liées à la protection solaire sont multiples : éviter la surchauffe du bâti bien sûr, mais aussi assurer la mise en sécurité du logement et protéger les occupants des regards extérieurs. Avec la multiplication attendue des épisodes de chaleur, la ventilation redevient aussi une fonction très appréciée, notamment la nuit. Il faut également intégrer les besoins de chaud en hiver en maximisant les apports de lumière naturelle et de rayonnement solaire dans l’habitat. Sur ce segment, le panel des solutions est historiquement très vaste et répond parfois à des traditions régionales. « Pour le logement, il n’est pas forcément nécessaire de tout réinventer : des équipements traditionnels comme le volet battant ou le volet coulissant peuvent protéger très efficacement le bâtiment », pointe Bertrand Deroisy. « Cela dit, des adaptations intéressantes existent, comme des trappes de ventilation qui permettent à l’air de passer même quand le volet est fermé, sans exposer le logement au soleil direct et à la vue des passants. »

TechnicBaie_PS_Baumann_Ehret.jpeg
« Le brise-soleil orientable a des atouts en résidentiel », Stéphane Ehret, Baumann Hüppe.

Des solutions développées pour le secteur tertiaire commencent aussi à faire leur chemin en résidentiel, moyennant parfois quelques adaptations. Griesser propsoe ainsi depuis de nombreuses années des brise-soleil orientables et sécuritaires dotés d’un système anti-relevage et de blocage des lames et d’une fonctionnalité d’arrêt automatique sur obstacle, à l'image des BSO Metalunic et Grinotex. Baumann Hüppe développe aussi son offre sur l’habitat, en collectif comme en diffus. « Le brise-soleil orientable a des atouts en résidentiel : il protège efficacement le bâti en été, peut au contraire laisser passer la lumière et la chaleur l’hiver et offre la possibilité de ventiler même en journée », estime Stéphane Ehret, son directeur pour la France. « La problématique pour ce produit reste son intégration dans les façades, surtout en maison individuelle. » À la question de l’encombrement s’ajoutent celles de la durabilité et de la simplicité d’utilisation des produits. « Le produit qui tire son épingle du jeu ces derniers mois est le store toile extérieur zippé, surtout en version niche, poursuit Stéphane Ehret. Le coffre est dissimulé dans une réservation et dispose d’une trappe d’accès avec ouverture vers le bas du store, per- mettant une maintenance rapide. En logement collectif, il offre l’avantage d’une meilleure résistance au vent, comparé à d’autres protections solaires ne disposant pas de coulisse de guidage. »

La lente progression de l’automatisation

Devenue courante dans la promotion immobilière et chez les CMIstes, la motorisation radio permet aux particuliers d’utiliser plus facilement leurs volets et stores et, s’ils le souhaitent, d’y associer des pro- grammes prédéfinis proposés par les fabricants. « La domotique permet à l’usager de créer des routines qui adapteront l’ouverture des protections solaires à ses habitudes mais aussi aux conditions de température intérieure et d’ensoleillement extérieur », rappelle Cécile Truffy, responsable marketing pour l’activité extérieure et fenêtres de Somfy.

TechnicBaie_PS_Somfy_Truffy.jpg
« La domotique permet à l’usager de réer des routines », Cécile Truffy, Somfy.

L’enjeu n’est pas mince : selon des données communiquées par le fournisseur d’automatisme Nice, des protections solaires dites « intelligentes » offriraient un potentiel d’économies d’énergie jusqu’à 60 % pour le refroidissement des bâtiments d’ici à 2050. Sur ce marché résidentiel, la difficulté reste à convaincre les particuliers de laisser à un algorithme le soin de gérer l’ouverture et la fermeture de leurs protections solaires… Conscient que la notion même de domotique pouvait constituer un frein pour certains clients, Somfy a mis sur le marché en juin dernier Amy Sun Protect io, un point de commande qui intègre un cap-eur de température intérieure et une intelligence embarquée pour adapter l’ouverture des volets ou stores, par exemple en cas de début de surchauffe dans la pièce. « C’est un premier pas vers l’automatisation des protections solaires : le client n’a qu’un petit bouton à activer. La solution est évolutive puisque l’utilisateur peut, s’il le souhaite, mettre le point de commande en lien avec notre box domotique Tahoma », explique Cécile Truffy.

Double enjeu d’économies et de confort dans le tertiaire

Sur le marché tertiaire, les évolutions réglementaires encouragent fortement l’installation de protections solaires. En rénovation, le décret tertiaire prévoit une baisse des consommations énergétiques, amenées à baisser de 60 % d’ici à 2050 avec un premier palier à -40 % dès 2030. Mais autant que la pression du législateur, ce sont les réalités économiques qui poussent les utilisateurs à vouloir réduire leurs besoins en climatisation. « On constate des changements de comportement chez les clients finaux : le poids des factures énergétiques et la récurrence des pics de chaleur ont créé une prise de conscience sur l’intérêt d’adopter une protection solaire extérieure, au moins en façade sud. La difficulté en tertiaire reste que la plupart du temps l’occupant est locataire et qu’il ne décide donc pas des investissements. Cela peut rendre la prise de décision sur l’installation de protections solaires plus tardive que pour d’autres familles de bâtiments », analyse Julien Decker, directeur Commercial et Marketing chez Ates.

TechnicBaie_PS_Griesser_Coulissant.JPG
© Griesser
Par sa simplicité d’usage, le volet coulissant reste une solution bien adaptée au marché résidentiel, notamment en rénovation, avec des solutions de motorisation de plus en plus fréquentes.

Pour le neuf, la RE 2020 s’avère très exigeante pour le tertiaire, en combinant des objectifs sur le confort d’été (DH) aux apports en lumière naturelle pour répondre aux besoins bioclimatiques (Bbio) et à la réduction drastique de la production de froid. La protection solaire extérieure motorisée s’im- pose a priori comme un levier très efficace pour concilier ces exigences. Mais elle pousse aussi le niveau d’exigence des maîtres d’ouvrage et maîtres d’œuvre. « Avec la RE 2020, les performances des bâtiments tiennent compte des interactions entre les équipements mis en œuvre : la notion de taux de service est devenue très importante. Pour les protections solaires, cela implique de pouvoir les utiliser le plus souvent possible pour limiter le recours à la climatisation, et donc de disposer d’une très bonne résistance au vent », pointe Stéphane Ehret. Côté produits, les stores toile zippés sont plébiscités par le marché tertiaire pour leur robustesse et leur positionnement prix. « Ces produits sont performants mais ne permettent de régler les apports solaires que par la hauteur de déploiement de la toile. Les stores à lamelles ou brise- soleil orientables permettent en plus d’ajuster l’orientation des lamelles pour un meilleur équilibre entre le confort thermique et le confort visuel des occupants », souligne Bertrand Deroisy.

TechnicBaie_PS_Somfy_Amy.jpg
© Somfy
Sorti en juin, le point de commande Amy Sun Protect io intègre un capteur de température intérieure et une intelligence embarquée pour adapter l’ouverture des volets ou stores. Objectif : faciliter l’automatisation sans recours systématique à la box domotique.

Faciliter l’automatisation dans les bureaux Cela dit, le choix du produit n’est là encore qu’une première étape. Le pilotage des stores se révèle tout aussi déterminant pour assurer leur efficacité. « L’idée n’est pas forcément de tout automatiser mais de se mettre d’accord dès la conception du bâtiment sur les fonctionnalités attendues », développe Bertrand Deroisy. « En bureau, s’il est intéressant de piloter les protections solaires en fonction des conditions extérieures et intérieures, on peut laisser aux occupants la gestion d’un seuil pour abaisser ou remonter le store plus que l’automatisme ne le prévoit, en fonction du confort personnel souhaité. À l’inverse, dans les espaces où il y a beaucoup de flexibilité dans l’usage, comme dans un coworking où les occupants peuvent changer tous les jours, il peut être intéressant de maîtriser plus directement le pilotage des protections solaires pour en maximiser l’efficacité. » Malgré un historique plus établi qu’en résidentiel sur la gestion technique du bâtiment (GTB), cette automatisation des protections solaires reste également un enjeu en tertiaire, notamment pour les bâtiments de taille modeste et/ou destinés à être rénovés. C’est sur ce constat que Somfy va lancer en 2025 une nouvelle solution de pilotage simplifié, Animeo Suite. « Ces bâtiments sont souvent déjà équi- pés de volets ou de stores dont la motorisation est commandée par radio et non pas en filaire, rappelle Cécile Truffy. L’objectif avec Animeo Suite est de proposer aux usagers un système d’automatisation accessible avec un tableau de bord et des paramétrages simplifiés : on duplique ce qui marche bien pour le particulier en y ajoutant des fonctions de supervision du bâtiment, comme le pilotage et la maintenance préventive. » Pour les bureaux, l’utilisateur pourra par exemple programmer les heures de mise en sécurité des protections solaires en soirée ; pour les établissements scolaires, il sera possible de définir un programme adapté aux horaires de vacances.

TechnicBaie_PS_TBS_Vesta.jpg
© Tellier Brise-soleil
Avec sa gamme Vesta, Tellier Brise-Soleil propose des protections solaires à base de fibres de bois, alternative bio-sourcée aux lames aluminium.

Cette simplification est attendue par les fabricants comme un levier important pour tirer profit du potentiel de rénovation sur ce segment. « L’arrivée de solutions radio en tertiaire va aussi faciliter le travail des installateurs à la pose et pour les SAV. La domotisation reste un axe sur lequel les professionnels expriment des besoins d’accompagnement », rapporte Julien Decker. Le fabricant a lancé en 2024 sa propre cellule d’assistance à la pose avec l’objectif de faire monter ses clients en compétences sur l’automatisation et l’installation des protections solaires guidées. Simplifier le pilotage en tertiaire présente un autre atout : proposer le cas échéant une alternative plus économique aux maîtres d’ouvrage dans un contexte économique très incertain. « Il y a eu de telles hausses tarifaires ces dernières années qu’il faut pouvoir adapter la proposition aux budgets, avec parfois des adaptations en cours de projet, témoigne un fabricant. La plupart des clients nous demandent de chiffrer plusieurs alternatives : parfois, ils vont privilégier un système plus résistant ou doté d’une solution d’automatisation, donc plus cher, mais souvent aussi, les contraintes budgétaires l’emportent. »

Le boom annoncé de la rénovation des écoles

Le segment le plus dynamique sur la rénovation reste cependant celui des ERP et notamment des bâtiments publics. En lançant en 2023 le programme EduRénov, le gouvernement et la Banque des Territoires ont annoncé vouloir réhabiliter 10 000 établissements, de la maternelle au lycée. La plupart de ces chantiers vont intégrer la reprise des menuiseries extérieures et, le cas échéant, les protections solaires associées. Déjà, les fabricants constatent une meilleure compréhension des bénéfices de la protection solaire chez les maîtres d’ouvrage publics concernés. « L’attente des clients n’est plus seulement de bloquer la luminosité pour éviter l’éblouissement des enfants, ils comprennent désormais le besoin de bloquer la chaleur pour limiter les sur- chauffes et donc d’opter pour une protection extérieure plu- tôt qu’intérieure, avec guidage coulisse pour assurer la durabilité du produit. On constate que le store toile zippé est souvent le produit techniquement le plus adapté aux besoins des établissements scolaires mais il faut bien sûr composer avec les contraintes budgétaires », indique Mireille Wittmer.

TechnicBaie_PS_Deroisyok.jpg
« Le plus gros du travail d’adaptation est en rénovation », Bertrand Deroisy, T/E/S/S.

En dehors des établissements scolaires, les besoins et la réponse technique seront très variables, en fonction des utilisations et de la configuration de l’ERP. L’accueil du public renforce les attentes des clients sur la robustesse et la simplicité d’utilisation des produits. « En façade sud, des protections fixes ou “casquettes” constituent souvent une bonne réponse pour les ERP. Mais ces produits ne peuvent pas régler la problématique de l’éblouissement, comme pour une bibliothèque. Dans ce cas, il peut être intéressant de combiner plusieurs solutions, par exemple en installant en complément un store toile intérieur », propose Bertrand Décroisy.​​​