L’état du bâti scolaire français conjugué à la hausse des températures n’augure rien de bon. Pour assurer le confort d’été, il est indispensable de construire les nouvelles écoles et de rénover les anciennes en pensant occultation, vitrage performant et gestion de l’air.

Les 27 et 28 juin 2019, 255  écoles à travers la France étaient restées fermées. D’autres communes avaient conseillé aux parents de garder leurs enfants chez eux et le ministère de l’Éducation nationale avait repoussé les épreuves du Brevet des collèges à la semaine suivante.

En cause ? Les températures caniculaires qu’avait connues la France. Le record absolu de chaleur national avait été battu, selon Météo France, avec 46 °C à Vérargues, dans l’Hérault, le 28 juin 2019. Un mois plus tard, c’était aux centres de loisirs, installés dans les écoles pour les grandes vacances, de devoir s’adapter, avec notamment 43 °C en région parisienne le 25 juillet.

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© Baumann Hüppe

Le collège Gisèle Halimi de Mérignac (33) intègre plus de 250 BSO à lames reliées en forme de C, le modèle Vental 80 LA de Baumann Hüppe. L’objectif : diminuer la température intérieure de 2 à 8 °C et limiter l’utilisation de la climatisation. L’orientation des lames préserve des reflets et de l’éblouissement. Elle permet également de diffuser uniformément la lumière et de contrôler l’apport lumineux.

60 000 bâtiments scolaires

Sans atteindre des températures aussi extrêmes, et même si les deux derniers étés, plutôt maussades, apportent de l’eau au moulin des plus sceptiques, nous savons que les périodes de fortes chaleurs seront plus intenses et plus longues. Un véritable défi pour les établissements scolaires, qui accueillent élèves et enseignants pendant le temps scolaire mais aussi enfants et animateurs en juillet et août.

Le rapport de la mission d’information sur l’adaptation de l’école aux enjeux climatiques, présenté à l’Assemblée nationale fin 2023 par la députée Graziella Melchior et l’ancienne députée Francesca Pasquini, fait état d’un parc scolaire français de 60 000 bâtiments de l’enseignement public et privé sous contrat. 50 130 écoles primaires, 7 230 collèges et 4 150 lycées, représentant respectivement 56, 49 et 52 millions de mètres carrés.

+ 4 °C pour la fin du siècle

Les écoles françaises datent de plusieurs époques. La moitié a été construite à la fin du XIXe siècle (les écoles « Jules Ferry », aujourd’hui reconnaissables grâce aux inscriptions « École de filles » ou « École de garçons » sur leur fronton) et lors des travaux de reconstructions d’après-guerre. L’autre moitié a été réalisée dans les années 1970-1980 et depuis le début des années 2000.

Selon le rapport présenté à l’Assemblée nationale, exceptés les établissements les plus récents, qui prennent davantage en compte les enjeux de confort thermique, le parc est « globalement en mauvais état et se caractérise par une faible efficacité énergétique ». Autres précisions : « 10 % du parc présenteraient un état de vétusté important », apprécié en fonction de plusieurs critères (sécurité, sûreté des lieux, hygiène, enveloppe du bâtiment). Par ailleurs, l’Observatoire des bâtiments basse consommation indique que « la proportion de bâtiments scolaires répondant aux normes basse consommation n’est que de 14 %. Il est dès lors possible d’en déduire que 86 % du parc devraient être rénovés, les 10 % identifiés comme vétustes devant faire l’objet d’une action prioritaire en la matière ».

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© Griesser

Pour le projet écoresponsable du groupe scolaire Denis Mukwege, à Melun (77), le choix s’est porté sur 35 BSO Metalunic Griesser de couleur bronze. Leur système anti-relevage protège des effractions et leur entraînement souple permet d’orienter les lames pour réguler la luminosité.

Dans le même temps, depuis le début du XXe  siècle, en France métropolitaine, les températures ont augmenté de près de 1,7 °C, une augmentation supérieure à celle du niveau mondial (+1,2 °C), indique le ministère de l’Aménagement du territoire et de la transition écologique. Et cela ne va pas en s’améliorant, avec des prévisions à + 4 °C pour la fin du siècle*. Résultats : des canicules plus nombreuses, observées parfois dès fin mai et, dans certaines régions, jusqu’au mois d’octobre, empiétant sur le temps scolaire. Le site du ministère de l’Éducation nationale et de la jeunesse indique par ailleurs que « les vagues de chaleur vont impacter beaucoup plus le fonctionnement des écoles et des établissements scolaires dont le bâti n’est pas toujours conçu pour faire face à de telles situations ».

Un bâtiment surchauffé expose enfants et personnels à un inconfort réel. Le rapport fait à l’Assemblée nationale explique qu’après auditions par les rapporteures, « les syndicats enseignants ont témoigné des difficultés à faire classe en cas de températures élevées, avec des effets néfastes sur la concentration des élèves, voire leur santé ». En conséquence, « plusieurs syndicats enseignants demandent l’inscription de seuils réglementaires au-delà ou en deçà desquels les personnels pourraient exercer leur droit de retrait ».

Marseille mise sur son plan « École »

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© Ville de Marseille

Avec 470 écoles et un état du bâti scolaire parfois très vétuste, la ville de Marseille a créé le plan « École ». L’idée est de rénover la totalité des établissements scolaires avec des niveaux d’intervention différenciés par rapport à l’état du bâti et son confort thermique – sachant que la Cité phocéenne subit de plein fouet l’augmentation des températures, et cela sur un temps de plus en plus long. 188 établissements font l’objet de réhabilitation lourde où le fonctionnement même de l’école est réinterrogé. Les autres opérations de rénovation traitent des vitrages, des systèmes d’occultation ou encore de l’optimisation des réseaux de chauffage. Un plan ambitieux de plus d’un milliard d’euros, dont 400 millions sont financés par l’État à travers plusieurs dispositifs (ANRU, Agence nationale de renouvellement urbain…).

Les écoles, bâtiments symboliques

Pour ne pas risquer de revivre les fermetures d’école et les reports d’examens de 2019, il est primordial de rénover. « Nous héritons d’un bâti scolaire construit à des époques où, pour la plupart, il n’y avait que très peu de notions de confort thermique – et, quand il y en avait, seul le confort d’hiver était pris en compte. Dans un contexte où le prix de l’énergie n’était pas celui que l’on connaît aujourd’hui, il n’y avait que très peu de conscience environnementale », décrit Marc Foveau, directeur général adjoint « Ville au quotidien» de la ville de Marseille, qui précise : « Dans le neuf, il existe des réglementations comme la RE 2020 et donc beaucoup de précautions. Dans la réhabilitation, puisqu’on ne peut pas tout reconstruire, il faut entreprendre des plans de rénovation massifs. »

À l’image du pays avec Édurénov, ou de grandes métropoles avec le plan « École » de la ville de Marseille (voir encadrés), la rénovation du bâti scolaire s’organise avec, entre autres impératifs, la prise de conscience de la surchauffe des bâtiments et l’obligation de prendre en compte le confort d’été. « Les établissements scolaires sont des bâtiments symboliques. Ils représentent le futur et l’attractivité des collectivités locales. Les écoles où il fait bon apprendre et enseigner attirent les familles et les enseignants », note Nicolas Turcat, directeur du programme EduRénov à la Caisse des dépôts.

Occultations extérieures

Pour une efficacité maximale, les opérations de rénovation doivent être conduites par étape, de l’extérieur jusqu’à l’intérieur. Si toutes les régions de France ne sont pas aussi impactées que la métropole marseillaise par les fortes températures, Marc Foveau liste les impératifs, traités dans le plan « École » de la Cité phocéenne. « Il faut commencer par végétaliser les cours de récréation et créer des îlots de fraîcheur, notamment dans les sites très urbanisés où les revêtements participent à augmenter localement la température ». Deuxième poste de travail : l’enveloppe du bâtiment. L’objectif est de limiter au maximum l’entrée de chaleur dans les locaux en augmentant l’inertie des murs et en gérant les apports solaires via des vitrages performants et des occultations extérieures qui empêchent les rayonnements du soleil, et notamment les UV et infrarouges, de pénétrer dans le bâtiment. « Aujourd’hui, nous prévoyons systématiquement des vitrages adaptés à double rupture de pont thermique et des protections solaires extérieures, fixes ou mobiles en fonction de l’orientation des façades, qu’il s’agisse de volets roulants, de BSO ou encore de stores. »

Dernière étape majeure, la gestion de l’air. D’abord avec l’installation d'une centrale de traitement d’air, difficile à mettre en œuvre lors des opérations de rénovation et très coûteuse en maintenance mais nécessaire pour assurer un air de qualité en permanence. Ensuite le brassage d’air souvent grâce à des ventilateurs au plafond. « L’air chaud monte et le frais reste vers le bas de la pièce, c’est un principe de base. Brasser l’air apporte une sensation de fraîcheur sans avoir recours à la climatisation », précise Marc Foveau, ajoutant que cela permet également de destratifier l’air, c’est-à-dire d’uniformiser la température dans la salle de classe, améliorant aussi le confort thermique en hiver.

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© Nodal+Antoine Huot/Mermet

En 2020, la ville de Poissy (78) a équipé 15 de ses écoles de stores zip conçus avec les tissus de protection solaire le Satiné 5500 coloris 0102 de Mermet. Suite à des tests effectués avec des sondes de température et de luminosité, la température dans une classe sans store était de 32 °C, contre seulement 26,9 pour celles équipées de stores extérieurs lorsque la température extérieure était de 38 °C.

Éduquer face à la chaleur

Au-delà des opérations de rénovation, il est  temps de penser à l’usage des bâtiments et d’apprendre aux occupants comment les utiliser. L’école la mieux équipée ne pourra rien contre la chaleur si les fenêtres sont ouvertes à 15 heures, qu’une ventilation nocturne n’est pas mise en place et que la manière d’utiliser les protections solaires n’est pas expliquée en amont. L’automatisation de ces dernières est un atout évident mais parfois compliqué à mettre en œuvre dans les écoles. Facilement généralisée, elle doit pouvoir être individualisée pour les besoins pédagogiques des enseignants ou en fonction de l’usage des pièces, comme les dortoirs en maternelle. Si on peut estimer qu’il est utile de traiter intégralement les façades sud, le reste du bâtiment doit faire l’objet d’études et de cas par cas. Sans compter le coût de maintenance, conséquent. « Les performances thermiques dépendent de nombreux paramètres », rappelle Marc Foveau. « Elles doivent être réfléchies en fonction des conforts d’hiver et d’été, qui ne doivent rien se retirer l’un à l’autre et qui se contrarient pourtant parfois. Il faut également composer avec les besoins spécifiques des usagers, enfants, enseignants et personnels scolaires. »

ÉduRenov, accélérateur de la rénovation scolaire

Le programme ÉduRénov, mis en place par la Banque des territoires, vise à massifier la rénovation énergétique des établissements scolaires. « L’idée n’est pas de rénover mieux mais de rénover plus », explique Nicolas Turcat, directeur du programme EduRénov à la Caisse des dépôts. L’objectif est de valoriser, accompagner et financer 10 000 projets mais aussi de « proposer des ressources et des outils clés en main aux collectivités locales pour simplifier la conduite de leurs projets de rénovation énergétique et d’adaptation des bâtiments scolaires et éducatifs ».

Dans cette optique, la Banque des territoires et ses partenaires ont publié en septembre dernier la Charte de la rénovation énergétique pour les bâtiments scolaires. Cette dernière regroupe l’ensemble des dimensions structurantes sur une rénovation : renforcer le rôle de la collectivité aux différentes étapes du projet ; connaître l’état du bâti existant ; améliorer la performance énergétique et environnementale ; adapter les bâtiments au changement climatique ; optimiser le confort et la qualité des bâtiments et des espaces extérieurs ; garantir la qualité d’usage de ces bâtiments ; renforcer le rôle de la collectivité aux différentes étapes du projet. « Certains partenaires, à l’image de Promodul [voir page 26] ont insisté sur l’importance de penser autant en termes de confort d’été que de confort d’hiver », note Nicolas Turcat, qui estime que cette double réflexion est très structurante dans l’ensemble des opérations qu’ils accompagnent

Il existe deux critères d’éligibilité : être un bâtiment scolaire éducatif (crèches, PMI, écoles maternelles et primaires, collèges, lycées, centres périscolaires, restaurants scolaires, universités, CFA) et viser à réaliser au moins 40 % d’économies d’énergie. « Il n’y a pas de notion d’engagement ou de liste de critères préétablis, nous prenons tous les critères les uns après les autres », précise Nicolas Turcat, qui indique être à 3 700 projets rénovés et qui prévoit d’atteindre les 5 000 au printemps. « Le programme ÉduRenov court officiellement jusqu’au 31 décembre 2027. D’ici là nous aurons initié, commencé ou fini 10 000 rénovations énergétiques d’écoles. Mais la Caisse des dépôts continuera à financer les chantiers après cette date. C’est ce que nous faisons depuis les années 1880 et la loi Ferry. »