Jean-Luc Buchou, délégué général de Promodul, nous explique le rôle de sa fondation et pourquoi la Banque des territoires a fait appel à elle dans le cadre du programme ÉduRénov pour parler rénovation des écoles et intégration du confort d’été.

Technic’baie : Qu’est-ce que Promodul ?

Jean-Luc Buchou : Il s’agit d’une structure juridique qui relève du régime des fondations. À ce titre, nous sommes tournés vers l’intérêt collectif et général, nous ne défendons pas d’intérêts particuliers, d’industriels ou de fabricants. Nous essayons de contribuer à la réussite des transitions énergétiques, environnementales et numériques du bâtiment en ayant à cœur de mettre à la fois le bâtiment et ses occupants au centre du projet, qu’il soit confortable et performant à tous les niveaux, et notamment par rapport à la santé.

Technic’baie : Qu’est-ce que cela donne concrètement ?

J.-L. B. : Nous organisons des groupes de travail sur les transitions et produisons des guides, des outils numériques et documentations dont l’objectif est d’être le plus pédagogique et le plus factuel possible afin de donner les bonnes informations au bon public au bon moment.

Nous voulons notamment éviter que l’on dirait miraculeuses mais qui ne le sont pas. Notre mission : rester sur des réalités factuelles permettant d’atteindre des objectifs performants par rapport aux occupants. Nous avons notamment créé une plateforme numérique, le Lab by Promodul, qui donne l’accès à toutes nos ressources,

librement et sans abonnement.

Technic’baie : Pourquoi la Banque des territoires vous a-t-elle approché pour le programme ÉduRénov ?

J.-L. B. : Cela fait plusieurs années que le confort d’été est un sujet majeur pour nous. Nous répétons notamment qu’il ne peut pas être séparé de la rénovation globale d’un bâtiment. Quand on parle de rénovation énergétique, le confort d’été doit être intégré. Sinon, le risque est d’aller vers des solutions ultrafaciles très consommatrices d’énergie parce que mal calibrées et dont on pourrait limiter l’usage en s’y prenant en amont et de façon plus cohérente. Nous avons produit des outils d’évaluation des risques d’inconfort d’été, des études et quiz pédagogiques pour permettre aux visiteurs du Lab de se poser les bonnes questions et de trouver des réponses pertinentes. Après avoir eu connaissance de notre travail, la Banque des territoires nous a demandé de produire un guide à destination des collectivités sur la rénovation des écoles et l’intégration du confort d’été.

« Le confort d’été ne peut pas être séparé de la rénovation globale d’un bâtiment. » 

Technic’baie : Quelle est la marche à suivre pour assurer un confort d’été dans les bâtiments scolaires ?

J.-L. B. : D’abord, il faut comprendre que si on parle de confort d’été, on ne peut pas se limiter à la période estivale car il peut y avoir des surchauffes au printemps, voire en hiver. Ces surchauffes sont essentiellement dues à deux causes. D’une part les imports internes, c’est-àdire tout dégagement de chaleur de l’intérieur, comme le nombre de personnes présentes dans une classe. Par exemple, avec une trentaine d’élèves, le dégagement de chaleur par les corps humains présents et les activités représente à peu près une puissance de 3 000 watts, soit l’équivalent de trois radiateurs de 1 000 watts.

D’autre part la température extérieure et le rayonnement solaire. Plus ils sont élevés, plus les risques de transfert de chaleur de l’extérieur vers l’intérieur – à travers les murs mais aussi et surtout les parois vitrées, très présentes dans les écoles pour maximiser la lumière naturelle – sont importants. Or le rayonnement solaire à travers 1 m2 de paroi vitrée, globalement, représente une puissance de près de 800 watts. Avec une façade avec 10 m2 de vitrage, ce qui est peu, cela fait 8 000 watts. Ajoutés aux 3 000 watts de puissance d’apport interne, vous êtes déjà presque à 11 000 watts, donc l’équivalent de 11 radiateurs de 1 000 watts qui dégagent de la chaleur en permanence.

Technic’baie : Alors que conseillez-vous ?

J.-L. B. : Agir si possible sur les environnements trop minéralisés, minimiser le transfert de chaleur de l’extérieur vers l’intérieur en renforçant l’isolation et limiter l’impact des apports solaires directs grâce aux protections solaires, indispensables pour éviter une surchauffe. Puis s’assurer que la chaleur qui entre quand même, associée aux dégagements internes, ne s’accumule pas. Cela grâce à la ventilation, la surventilation, voire la ventilation nocturne pour profiter des températures plus basses la nuit.

Technic’baie : Finalement, la clé est de conjuguer les solutions…

J.-L. B. : Tout à fait. Ce que nous disons depuis toujours, c’est qu’il s’agit d’un ensemble. Il n’y a pas de solution miracle, l’approche doit être combinatoire et systémique. Une solution seule ne suffit pas. Elle peut limiter, atténuer, mais si on veut un résultat performant, c’est par une combinaison de solutions qu’on l’atteindra.

Technic’baie : Ces sujets semblent évidents dans le neuf… Est-ce réalisable lors d’opération de rénovation ?

J.-L. B. : Oui, même si, soyons réalistes, ça n’est ni simple, ni facile. Il faut penser ces opérations suffisamment en amont et de manière cohérente et pertinente. C’est la raison pour laquelle la Banque des Territoires nous a demandé de travailler sur ce guide, intitulé « Rénovation des écoles : intégrer le confort d’été », et qui est dédié aux municipalités, et notamment celles des petites communes. L’idée est de rappeler que lors d’opérations de rénovation énergétique, il faut tenir compte du bâtiment existant et, à partir de là, voir comment on peut mettre en œuvre des solutions qui ne viendront pas obérer les effets sur le confort d’été parce que les problématiques n’auraient pas suffisamment été appréhendées. Ne pas réduire les avantages contre la surchauffe du bâtiment en cherchant à améliorer le confort d’hiver.