Pendant longtemps, la numérisation des métiers de la menuiserie, de la fermeture et de la protection solaire se résumait à la production d’un devis. Le chiffrage constituait le cœur de l’outil informatique, parfois complété d’un module de facturation simple. Pour tout le reste - la préparation, le suivi de chantier, l’achat des matériaux, la trésorerie, l’organisation quotidienne – les professionnels jonglaient entre papiers, classeurs, appels téléphoniques et fichiers Word ou Excel. Or, les besoins ont évolué. Pression accrue sur les prix, complexité technique grandissante, exigences réglementaires comme la facture électronique, pénurie de main-d’œuvre et besoin d’anticipation financière : les entreprises cherchent désormais des solutions plus complètes, mais aussi plus souples, capables de s’intégrer au réel fonctionnement du terrain. Trois témoignages issus d’approches différentes permettent de dessiner une photographie concordante : une vision parfois plus généraliste cherchant à couvrir toute la chaîne de valeur, un écosystème d’outils spécialisés connectés entre eux et un ERP centré sur la performance du chantier. Cela avec un maître mot commun : faciliter le quotidien des entreprises de mise en œuvre, sur les chantiers comme dans les bureaux.
Du devis au pilotage complet
Le constat formulé par les professionnels eux-mêmes est sans ambiguïté. « Pendant longtemps, pour toutes les entreprises, l’informatique du BTP c’était principalement des devis/factures. Et encore, il s’agissait plus de devis que de factures », rappelle Gilles Touzan, dirigeant et fondateur d’Optim’BTP. Selon lui, jusqu’aux années 2000, la structure logicielle du secteur se limitait à deux piliers : le devis en amont, la comptabilité en aval. « Au milieu, il n’y avait rien », résume-t-il.
Cette absence d’outillage pour tout ce qui se joue entre le chiffrage et la facturation a longtemps été tolérée, voire justifiée : manque de demande, distance culturelle entre le chantier et l’informatique, organisation artisanale fondée sur l’expérience individuelle. « Les équipes de production n’étaient pas forcément passionnées par ces sujets », reconnaît Gilles Touzan. Mais à mesure que les prix deviennent plus tendus et que la pression sur la rentabilité s’accroît, les attentes des professionnels du BTP ont évolué et un manque s’est peu à peu fait sentir.
Cette zone intermédiaire – la gestion du chantier – est justement celle où les besoins explosent aujourd’hui : suivi des heures, achats, synthèse financière, plannings, affectation des ressources, rentabilité par phase… Autant d’éléments essentiels qui conditionnent le résultat final.
Louis Bonte, directeur marketing chez Graneet, fait le même constat : « Pour aider les entreprises à mieux protéger leur rentabilité, on ne peut pas faire uniquement du chiffrage. Il faut partir du devis et remonter toute la chaîne de valeur, jusqu’à la fin du chantier. »
Structurer toute la chaîne de valeur

© Graneet
Les solutions proposent un accompagnement allant du devis jusqu’à la fin du chantier, comme une gestion de planning ou le suivi financier du projet, afin de faciliter le quotidien des entreprises.
Le périmètre fonctionnel de Graneet illustre cette volonté d’un pilotage global : devis et facturation, situations de travaux, planning, pointage mobile, suivi des achats, rapprochement bancaire, gestion des dépenses, relances clients, gestion électronique des documents…
L’un des sujets clés, selon Louis Bonte, est la mobilisation d’outils communs pour le bureau et le chantier : « Notre idée, c’est d’avoir un outil qui communique bien entre le bureau et le chantier, pour éviter la double saisie. Aujourd’hui, beaucoup d’informations sont encore notées sur papier, puis ressaisies au bureau, ce qui génère de la frustration et des erreurs. » Le travail sur les achats, autre pilier essentiel, répond au même objectif : « Une fois le devis signé, on doit pouvoir comparer les offres fournisseurs, suivre la réception, ventiler chaque ligne sur le bon chantier, puis rapprocher commande, livraison, facture et paiement. Lorsqu’on fait cela manuellement, c’est chronophage et il peut y avoir beaucoup d’erreurs. »
Cette vision intégrée inclut également la trésorerie : « Avoir au même endroit toutes les dépenses et un prévisionnel permet d’anticiper. Les délais de paiement sont un vrai sujet dans le BTP ; nos circuits de relance automatique servent justement à réduire les risques. »
Graneet travaille aussi sur une application mobile disponible début 2026 et sur l’exploitation ciblée de l’IA, mais de manière pragmatique : « On ne cherche pas la solution miracle. On part des problèmes concrets de nos clients pour voir où l’IA peut réellement faire gagner du temps. »
Un écosystème spécialisé autour du devis
Elcia, souvent identifié par son logiciel phare ProDevis, inscrit pour sa part sa stratégie dans une logique différente : celle d’une spécialisation forte dans le chiffrage, complétée par un réseau d’éditeurs métier.
« Chaque éditeur possède son propre ADN. Notre expertise est le chiffrage pour la Menuiserie. Plutôt que de développer nous-mêmes ce qui n’est pas notre cœur de métier, nous nous entourons des meilleurs spécialistes », explique Lydérick Poulain, formateur chez Elcia, qui rappelle que l’éditeur de logiciel a créé plusieurs partenariats* experts de leur métier :
• AlloTools et ses configurateurs 3D web sur-mesure pour les produits menuiserie, fermeture et protection solaire.
• Revel’Home, l’application de gestion de relations clients.
• Krafteo, le logiciel de planification et de gestion de chantiers.
• Eldo pour la gestion des avis clients.
Cet écosystème, renforcé par des prises de participation capitalistiques, se veut évolutif et modulaire : « Tous nos utilisateurs n’ont pas besoin de toutes les solutions. Mais le jour où un nouveau besoin apparaît, la solution adaptée est déjà prête. » Lydérick Poulain insiste également sur la cohérence d’ensemble : « L’avantage, c’est que les solutions se connectent et communiquent entre elles. Tout est fait pour que l’utilisateur ne fasse jamais deux fois la même action. » Même si l’écosystème peut sembler complexe, l’éditeur de logiciel met en place une coordination unique pour éviter la confusion : « Nous proposons une gestion de projet globale. L’utilisateur a un seul interlocuteur pour orchestrer l’intégration des logiciels et sécuriser le déploiement. »
Un ERP centré sur la performance du chantier
Optim’BTP s’inscrit dans une continuité historique : apporter ce qui manquait entre le devis et la comptabilité. « Notre rôle principal est de donner aux dirigeants les informations sur la rentabilité réelle de leurs chantiers », rappelle Gilles Touzan, dirigeant et fondateur d’Optim’BTP.
La solution intègre progressivement tout ce qui est nécessaire : achats, budgets, planning, pointage, analyse financière, préparation de paie, devis, facturation. Une grande réécriture est en cours pour une nouvelle version web visant des entreprises plus petites, entre 3 et 50 salariés.
La philosophie d’Optim’BTP, cependant, reste ancrée dans la complémentarité : « Comme on ne faisait pas les devis, nous avons conçu des interfaces avec tous les logiciels de chiffrage. Et c’est resté notre spécialité. » Il cite notamment les menuisiers : « Ils ont des outils de chiffrage spécifiques, connectés aux gammistes. Mieux vaut les garder et s’interfacer. »
La solution permet donc d’importer les devis existants pour lancer le suivi de chantier, puis d’accompagner progressivement la transition si l’entreprise souhaite unifier ses outils.
Interfacer, unifier ou spécialiser ?

© Optim'BTP
Le numérique ne se contente plus de produire des devis, il devient un allié du quotidien administratif et opérationnel.
À travers ces trois approches se dessine un panorama diversifié. Mais les constats restent étonnamment proches :
• Il existe une demande croissante d’un pilotage complet.
• La double saisie est un problème majeur.
• La rentabilité du chantier est le point de départ et le point d’arrivée du cycle de gestion.
• Les entreprises ont besoin d’outils fiables, accessibles en mobilité, et simples à manipuler.
• La connexion entre logiciels est devenue indispensable.
Sur ce dernier point, Louis Bonte l’exprime clairement : « Certaines entreprises ne viennent pas chez nous parce qu’elles ont besoin d’un outil de chiffrage très spécifique. Lorsqu’on ne fait pas le chiffrage dans Graneet, cela limite l’intégration. » Lydérick Poulain, de son côté, défend la valeur d’une approche multi-éditeur : « Tout développer soi-même serait une contrainte. On ne peut pas maîtriser toutes les spécificités d’un métier ultra-technique. »
Des habitudes profondément ancrées
Les professionnels identifient des obstacles concrets à l’adoption d’un environnement numérique complet. Changer d’outil de chiffrage peut être vécu comme une rupture, notamment pour les dirigeants qui ont bâti leurs pratiques pendant des années. « Faire changer un chef d’entreprise qui utilise le même outil depuis 15 ans, ce n’est pas facile », observe le fondateur d’Optim’BTP. Pour cette raison, certains éditeurs proposent une approche graduelle. « Le devis est réalisé avec le logiciel d’origine et lorsqu’il est signé, il est importé dans notre système. Nous gérons alors le budget, les achats, le suivi… »
Même constat chez Elcia, qui prône l’accompagnement d’experts (voir encadré) pour ajuster les pratiques sans brusquer les utilisateurs. Car plus la palette d’outils est large, plus l’utilisateur peut se sentir perdu. « Avoir plusieurs solutions aux noms et fonctionnalités différentes peut complexifier la compréhension. D’où notre accompagnement pour les utilisateurs qui en ont besoin », reconnaît Lydérick Poulain.
La facture électronique va accélérer ces transitions. « De nombreuses entreprises vont être obligées de s’informatiser », note Gilles Touzan. En effet, la simple facture Word ou Excel ne sera plus possible.
Des gains concrets
Malgré ces défis, les bénéfices observés ou attendus sont tangibles :
• Fin de la double saisie.
• Réduction des erreurs dans les achats et la facturation.
• Vision claire de la trésorerie et des encaissements.
• Meilleure rentabilité des chantiers.
• Suivi mobile et temps réel.
• Analyse de données facilitée.
• Interopérabilité entre solutions.
Comme le résume Louis Bonte : « L’objectif est de faire gagner du temps et de simplifier le suivi en direct des marges par chantier. »
Vers des écosystèmes évolutifs
Les professionnels ne prônent pas une solution monolithique qui engloberait tout. Tous reconnaissent l’importance d’un équilibre entre intégration et spécialisation. Ainsi, Graneet propose un tout-en-un généraliste qui répond aux besoins de nombreuses PME du BTP mais devra développer ses intégrations et son API ouverte pour répondre aux besoins plus spécifiques, comme ceux très techniques du chiffrage en menuiserie. Elcia défend pour sa part un écosystème d’experts, articulé autour d’un noyau central : Prodevis. Enfin, Optim’BTP se place comme la brique de gestion du chantier, ouverte aux outils externes de devis.
Trois voies différentes, mais un même horizon : faciliter la vie des entreprises de menuiserie, de store et de fermeture, du devis à la pose.
Guider les entreprises

© Elcia
L’accompagnement expert Elcia est un accompagnement personnalisé pour aider les gérants d’entreprise de menuiserie à gagner du temps et de l’efficacité dans le pilotage de leur entreprise, à moderniser leur organisation et à faire passer un cap à leur entreprise. Un expert de ProDevis et du métier conerné passe une journée dans leur entreprise pour comprendre leur fonctionnement et leur utilisation du logiciel afin de proposer un plan d’actions adapté à l’entreprise. Cela permet d’identifier des leviers de croissance et de mettre le cap sur un pilotage d’entreprise précis et fiable. L’audit permet aussi d’orienter l’utilisateur vers les logiciels les plus pertinents suivant ses besoins et enjeux.
Un marché en recomposition permanente
Sous l’impulsion des besoins terrain, de la pression réglementaire, de la complexité croissante des chantiers et de la diversité des métiers, le numérique ne se contente plus de produire des devis. Il devient un allié du quotidien administratif et opérationnel.
Qu’il s’agisse de chantiers longs nécessitant des situations, de planification, de suivi des achats, d’analyse data ou de relation client, les entreprises peuvent aujourd’hui composer leur propre environnement numérique. Un écosystème parfois compact, parfois fractionné, mais toujours orienté vers un même objectif : plus de visibilité, plus de maîtrise et, au final, plus de rentabilité.