Qu’une protection solaire soit plus performante lorsqu’elle est automatisée, le sujet ne fait plus débat. Pourtant, entre ce consensus technique et la réalité des projets de bureaux, un écart persiste. Automatisation oubliée, solutions mal adaptées, systèmes trop complexes ou au contraire insuffisants : la gestion des protections solaires reste un maillon fragile, alors même qu’elle conditionne leur efficacité réelle.
« Il existe encore un fort potentiel à exploiter dans le domaine de l’automatisation et de la commande des protections solaires dans les immeubles de bureaux », observe René Lebenthal, directeur général de Warema France. Les solutions proposées doivent clairement répondre aux attentes. « L’utilisation prévue doit être absolument au centre des préoccupations et les solutions techniques pas trop compliquées », poursuit-il. Le décalage entre la conception technique et la réalité opérationnelle ne doit pas constituer un obstacle à la réussite de la mise en œuvre.
Cette faiblesse se manifeste dès la phase de projet. Dans le neuf comme en rénovation, l’automatisation reste fréquemment absente des périmètres de prestations. « La partie automatisation est encore régulièrement oubliée ou mal définie. Résultat : des protections solaires performantes sur le papier mais peu ou mal utilisées une fois le bâtiment livré », constate Stéphane Ehret, dirigeant de Baumann Hüppe.
Les exigences du décret tertiaire
Publié le 23 juillet 2019, le décret n° 2019-771, relatif aux obligations d’actions de réduction de la consommation d’énergie finale dans des bâtiments à usage tertiaire, est bien connu sous le nom de « décret tertiaire ». Il impose une réduction progressive de la consommation d’énergie dans les bâtiments et parties de bâtiments à usage tertiaire de 1 000 m2 et plus afin de lutter contre le changement climatique. Les objectifs : à partir d’une année de référence, 2010, réduire la consommation énergétique de 40 % en 2030, 50 % en 2040 et 60 % en 2050. Autre possibilité, « atteindre un niveau de consommation d’énergie finale en valeur absolue, correspondant à une utilisation efficace et économe de l’énergie, équivalente à celle de bâtiments nouveaux de la même catégorie », détaille l’Ademe.
Manque de connaissance
Si l’on regarde le taux d’utilisation, une protection solaire motorisée est généralement manœuvrée une fois par jour sur un cycle complet tandis qu’une protection manuelle « ne sera quasiment jamais manœuvrée », qu’elle soit intérieure ou extérieure. Stéphane Ehret alerte : « Si l’automatisation est mal pensée, elle va amener le même niveau de déception que l’absence d’automatisation. » Trop contraignante, elle finit par être contournée ; trop simpliste, elle devient inefficace. Le paradoxe est d’autant plus frappant que les moyens, performants, existent. « Nous avons tous les outils pour proposer des bâtiments qui consomment peu en climatisation et en chauffage », souligne Benjamin du Petit Thouars, dirigeant d’Énergère. « Nous avons toute l’intelligence humaine et pourtant on ne la met pas en œuvre, faute de connaissances et de compétences suffisantes. »
Asservissement au vent
Entre automatisation absente ou excessive, le secteur cherche encore son équilibre. Car sans gestion cohérente et adaptée à l’usage réel des bureaux, la protection solaire, aussi performante soit-elle, reste un potentiel largement sous-exploité. Sur ce point, les professionnels de la protection solaire ont un rôle à jouer. « Nous avons un devoir de conseils et d’information. Quand on met en place une protection solaire extérieure, nous devons impérativement préconiser a minima un asservissement au vent, comme l’impose le DTU 34.4. C’est le premier pas vers l’automatisation, et donc une gestion centralisée », explique Stéphane Ehret.
Benjamin du Petit Thouars renchérit : « Ce n’est même pas une question de surface. Aujourd’hui, un arrêté de 2007 impose de mettre des protections solaires au sud, à l’ouest et à l’est quand les bureaux sont équipés de climatisation. Lorsqu’il y a des stores extérieurs, ils doivent être reliés à une gestion centralisée pour pouvoir se replier en fonction du vent. En 2026, on n’a plus le choix, la gestion des protections doit être centralisée. »
Prêcher la bonne parole

© Baumann Hüppe
Les protections solaires font parties des solutions permettant de répondre aux exigences de réduction de la consommation énergétique du décret tertiaire.
Pour sensibiliser les architectes, maîtres d’œuvre et bureaux d’études, Benjamin du Petit Thouars a créé un pôle formation. « Pour que les protections solaires soient gérées correctement, il faut comprendre l’intérêt, les principes, le fonctionnement. Nous proposons depuis février des formations certifiées Qualiopi où nous expliquons comment fonctionne le soleil, ses incidences, les façons d’en profiter ou de l’éviter, l’importance d’une gestion centralisée. Entre le décret tertiaire, la RE2020 et le DTU34.4, la GTC devient incontournable. Alors autant l’optimiser. »
Dans la même optique, Somfy s’est associé aux industriels Serge Ferrari, Technal et Schenker Store ainsi qu’au bureau d’études Tribu Énergie pour organiser une « tournée nationale sur le confort d’été ». Il s’agit d’une série de conférences données à travers les grandes villes de France afin d’alerter sur les enjeux liés au confort d’été (et d’hiver) et l’importance des équipements – menuiseries, protections solaires, toile, système de commande et d’automatisation.
Autre point important : la prise en compte de l’utilisateur final. « Dans le cas des solutions de commande intelligentes, les exigences et les besoins du client final sont essentiels pour trouver la solution la plus appropriée », remarque René Lebenthal, avant d’ajouter : « Ce n’est que lorsque les utilisateurs comprennent le fonctionnement et la commande et les utilisent régulièrement que la valeur ajoutée peut vraiment se manifester, ce qui augmente encore l’acceptation et l’utilisation. »
Neuf ou rénovation
Dans la continuité des enjeux de confort et de performance, la question de l’automatisation des protections solaires se pose différemment selon que l’on intervient sur un bâtiment neuf ou sur un projet de rénovation. Si les objectifs restent similaires, les moyens techniques varient selon le contexte du bâti.
Dans le neuf, on peut réfléchir à la GTC dès la conception du projet. « Cette approche globale permet d’intégrer dès le départ les protections solaires dans un écosystème plus large. Sur le marché du neuf, on va dans des gestions beaucoup plus précises, avec des stations météo et des solutions techniques assez complètes », observe Jean Marc Céleste, directeur prescription Somfy France. Ces projets privilégient souvent des architectures filaires, plus lourdes à mettre en oeuvre mais adaptées lorsque les réseaux sont intégrés dès l’origine.
La rénovation, en revanche, impose une approche plus nuancée. Si la rénovation lourde, où l’on repart de zéro, se rapproche du neuf, la majorité des projets relèvent d’une rénovation plus légère, souvent en site occupé, où les contraintes techniques et économiques sont plus fortes. Quand on veut garder l’existant, on peut travailler en radio. Cela limite le tirage de câbles et évite de lourdes interventions.
Maintenance : le maillon indispensable de l’automatisation
La question de la maintenance est avant tout liée à l’évolution des usages. « Un bâtiment vit, les fonctions des pièces peuvent changer. Les problématiques ne sont alors plus les mêmes, il faut donc reparamétrer la GTC », explique Benjamin du Petit Thouars, dirigeant d’Énergère. D’où l’importance de contractualiser la maintenance.
Ces contrats incluent des visites régulières (une à plusieurs fois par an selon la taille du site) afin de vérifier le bon fonctionnement des équipements, remplacer les piles des télécommandes, contrôler les automatismes et, si nécessaire, ajuster les scénarios. « Le client ne peut pas modifier seul des fonctions. Il y a un accès utilisateur, certes, mais aussi un accès sécurisé réservé aux professionnels. » La maintenance joue également un rôle clé dans la prévention des sinistres : « Si l’anémomètre ne fonctionne plus, les stores ne remontent pas en cas de vent. On s’en rend compte quand les stores sont arrachés. » Au-delà de l’aspect opérationnel, l’enjeu est aussi systémique. Stéphane Ehret, dirigeant de Baumann Hüppe, rappelle que l’automatisation des protections solaires permet de réduire le recours à la climatisation et, en amont, de dimensionner différemment les équipements de chauffage et de froid. « La protection solaire devient un élément qui participe pleinement à la performance énergétique du bâtiment. » Dès lors, une panne ou un dysfonctionnement n’est plus anecdotique. « Si cette protection solaire est hors service parce qu’elle n’a pas été entretenue, on touche potentiellement à des questions de responsabilité, voire de caractère décennal. »
Pour lui, la logique réglementaire devra tôt ou tard évoluer. « Aujourd’hui, on impose des maintenances périodiques pour les chaudières ou les systèmes de climatisation. Il faudra rapidement demander la même chose pour les protections solaires automatisées. »
Solutions filaires
Cette évolution technologique est au cœur des stratégies des fabricants. Jean-Marc Céleste souligne qu’en rénovation, les solutions dépendent du problème initial. « Si le confort d’été est en jeu, on peut aller vers des solutions intelligentes et assez avancées. Sinon, on reste sur des automatisations plus simples, comme des programmations horaires ou de la centralisation. »
Historiquement, les solutions filaires dominaient le tertiaire. « Notre solution Animeo est filaire, avec des moteurs contrôleurs reliés par un bus et connectés à une station météo », rappelle Jean-Marc Celeste. « C’est une solution complète mais qui nécessite beaucoup de câblages, donc plutôt adaptée au neuf. » Pour répondre aux contraintes de la rénovation, le fabricant a fait évoluer son offre avec Animeo Suite, une solution radio connectée. « Elle facilite clairement l’installation en milieu occupé, avec moins de câblages, plus de flexibilité et une mise en œuvre plus rapide. »
Autre évolution majeure : la connectivité native, qui ouvre la voie à la maintenance à distance et au suivi des installations. Pour René Lebenthal, la question du câblage lors de travaux de rénovation reste un sujet qui doit être pris en compte. « Il est certain que les travaux de rénovation électrique peuvent entraîner une augmentation des coûts de construction. Cependant, les solutions sans fil telles que les commandes WMS de Warema, complétées si nécessaire par le réseau WMS Mesh pour les projets de plus grande envergure, réduisent considérablement ces coûts. »
Acculturation des acteurs

© Somfy
L’outil de maintenance en ligne Serv-e-Go de Somfy visualise toutes les installations et réaliser un diagnostic à distance, préparant l’intervention en planifiant le temps nécessairepour le dépannage.
Au-delà des aspects techniques, tous s’accordent sur un point : la diversité des technologies disponibles n’est pas toujours exploitée à sa juste valeur. « Aujourd’hui, on a beaucoup d’outils performants », estime Benjamin du Petit Thouars. « Mais comme ils sont mal connus, on ne les propose pas toujours, et ils ne sont pas intégrés dans les CCTP. » Entre solutions radio, filaires, protocoles IB+ ou KNX - ce dernier permettant de piloter protections solaires, éclairage et chauffage dans un même langage - le choix existe mais nécessite une véritable acculturation des acteurs du projet.
La montée en puissance du marché de la rénovation pousse les fabricants à innover. « Le parc existant va nécessiter de plus en plus de rénovations, légères ou lourdes », conclut Stéphane Ehret. « Les nouveaux systèmes qui arrivent sur le marché sont une réponse directe à cette demande. » Une adaptation progressive, qui traduit l’évolution des protections solaires vers des solutions plus intégrées, quel que soit l’âge du bâtiment.