Rencontre avec Vincent Masson, dirigeant des Ateliers Dabin, qui rappelle l’importance de penser protections solaires, automatisme et gestion en amont du chantier, la nécessité de mettre l’utilisateur final au cœur du projet et celle d’avoir des menuisiers et installateurs formés en profondeur sur le sujet.

Technic’baie : Quand on parle de gestion technique centralisée (GTC) des protections solaires, qui sont réellement les acteurs en jeu sur un chantier ?

Vincent Masson : Il y a une multitude d’intervenants. Bien sûr, il y a celui qui pose les protections solaires, qui peut être un menuisier ou un installateur spécialisé. Très souvent, le menuisier est impliqué même s’il ne pose pas directement les protections, car il y a toujours une interface avec les menuiseries. Ensuite, il y a systématiquement l’électricien, qui intervient d’une manière ou d’une autre, et potentiellement le lot chauffage. Ce dernier étant historiquement liée à la GTB, c’est souvent le chauffagiste qui la met en place. À côté de cela, on trouve le maître d’œuvre, parfois un spécialiste GTC pour la programmation, et bien sûr le maître d’ouvrage. Sans oublier l’utilisateur final, qui est un acteur clé.

Technic’baie : Pourquoi l’utilisateur est-il si important ?

VM. : Parce que c’est lui qui va exprimer le besoin réel. Ce n’est pas forcément celui qui possède le bâtiment. L’utilisateur va préciser, par exemple, s’il a besoin d’un séquençage précis de fermeture automatique ou d’un fonctionnement particulier selon l’usage des bureaux. Si on ne l’écoute pas, on risque de concevoir un système qui fonctionne techniquement mais qui ne correspond pas à l’usage.

Technic’baie : Qui est censé organiser cette coordination entre tous ces intervenants ?

VM. : En théorie, c’est le maître d’œuvre, souvent l’architecte, qui définit le « qui fait quoi ». Le problème, c’est que la connaissance de la GTC et de la protection solaire reste parfois encore trop limitée chez certains d’entre eux. Ils ont parfois du mal à identifier ce que veut réellement le client et ce qui est techniquement possible aujourd’hui. Résultat : des lots mal organisés, des interfaçages oubliés ou des éléments non raccordés à l’automate.

Technic’baie : Comment améliorer cette situation sur le terrain ?

VM. : Il y a un vrai enjeu de montée en compétences de l’ensemble des interlocuteurs, et en priorité du maître d’œuvre. De mon côté, j’ai eu la chance de me positionner assez tôt sur la GTC, notamment grâce à un partenariat avec Energère. Cela me permet de jouer un rôle de conseil très en amont. J’essaie d’aider le maître d’ouvrage à décider, d’accompagner le maître d’œuvre et de dialoguer avec l’électricien sur les protocoles, les interfaces, les points de vigilance.

Technic’baie : Est-ce aujourd’hui indispensable de gérer les protections solaires via une GTC dans les immeubles de bureaux ?

VM. : Il y a d’abord un cadre réglementaire très clair. Le NF DTU 34.4 P1-2 indique que dans le cas de bâtiments non résidentiels, les stores extérieurs doivent être équipés d'un dispositif automatique de repliement pour la protection au vent afin de garantir la sécurité des biens et des personnes. Ensuite, il y a le décret tertiaire et la RE2020, qui fixent des objectifs énergétiques impossibles à atteindre sans une maîtrise réelle des protections solaires. Si on ne les pilote pas correctement, on ne remplit pas les objectifs.

Technic’baie : Au-delà de la réglementation, quels sont les enjeux techniques ?

VM. : L’enjeu principal, c’est le confort thermique. La solution optimale, c’est un vitrage performant qui laisse entrer les apports solaires en hiver, associé à une protection solaire qui agit uniquement quand c’est nécessaire en été. Mais pour que cette protection soit réellement efficace, elle doit être automatisée. Sinon, elle n’est tout simplement pas utilisée. On estime qu’environ 80 % des protections solaires ne sont pas utilisées correctement lorsqu’elles reposent uniquement sur l’action de l’utilisateur.

Technic’baie : Est-ce que cette approche vaut aussi pour des bureaux de petite taille ?

VM. : Oui, mais c’est toujours du cas par cas. Chaque chantier nécessite une réflexion en amont : orientation, usage des locaux, besoins des utilisateurs. Sur des projets plus petits, on peut très bien se passer d’une GTC au sens strict. Une protection motorisée avec un capteur vent, et pour un faible surcoût une station météo autonome, permet déjà une automatisation efficace. On peut alors fonctionner en radio, avec des commandes groupées, sans architecture lourde. Fonctionnellement, on arrive au même résultat.

Technic’baie : Comment un menuisier peut-il monter en compétences sur ces sujets ?

VM. : Il y a deux approches. Soit s’appuyer sur un partenaire spécialisé et travailler en co-traitance, ce qui sécurise les premiers projets et permet d’apprendre progressivement. Soit se former seul, mais on est alors souvent limité à des projets plus simples. L’offre de formation reste encore relativement faible, même si elle commence à se structurer. L’essentiel, selon moi, est de comprendre le cadre réglementaire, les possibilités techniques et de savoir s’entourer des bonnes personnes.

Technic’baie : Quel est, selon vous, le point clé à retenir pour réussir un projet de gestion des protections solaires ?

VM. : L’anticipation du besoin fonctionnel. Il faut le définir très tôt, idéalement dès la phase de conception, avec l’architecte, avant même que les plans et le CCTP* soient finalisés. Décrire des lignes de bus ou des actionneurs sans avoir exprimé le besoin n’a aucun sens. Si ce travail n’est pas fait en amont, on chiffre à l’aveugle, on génère des surcoûts et on se retrouve avec des incompatibilités techniques. Anticiper, coordonner les métiers et raisonner en besoins fonctionnels, c’est la clé pour optimiser les coûts et la performance, en neuf comme en rénovation.