Le 16 septembre dernier, le Groupement Actibaie aréuni parlementaires, élus locaux, industriels et acteurs de la rénovation à la Maison de l’Amérique latine, dans le VIIe arrondissement de la Capitale, pour une séance de travail consacrée à l’adaptation des bâtiments face aux vagues de chaleur.
Aux côtés de Cédric Lentillon, directeur adjoint du département Bâtiment durable au Cerema, et de Philippe Seas, président du Groupement Actibaie, les participants* (voir encadré) ont partagé leurs constats et retours d’expérience.
Limites structurelles
Si la filière dispose déjà de solutions efficaces, plusieurs freins persistent pour répondre à l’adaptation des bâtiments, tels que des financements insuffisamment adaptés, des procédures administratives contraignantes ou encore une prise en compte limitée du confort d’été dans les rénovations globales…
Hervé Lamy, délégué général du Groupement, souligne ainsi que les dispositifs d’aide ne suivent pas toujours les besoins réels : « Les CEE* ne valorisent que les économies d’énergie réalisées sur un système existant. Ainsi, à l’heure actuelle, une fiche relative aux protections solaires ne peut être publiée que si le bâtiment concerné est déjà équipé d’un système de climatisation. » Un exemple qui illustre une contradiction structurelle : les protections solaires, essentielles pour limiter la surchauffe, restent insuffisamment reconnues par les mécanismes existants.
Rénovation globale ou par lots
Les discussions ont également mis en évidence la nécessité de combiner plusieurs approches : végétalisation, isolation et mise en place de protections solaires pour limiter l’apport de chaleur ; systèmes d’aération pour permettre à la chaleur de se dissiper. L’organisation des usages, en fonction de la saisonnalité, de l’orientation du bâti et du profil des occupants, constitue également un paramètre déterminant.
Une complémentarité d’actions qui pose la question de la rénovation globale ou par lots. Prenant l’exemple des établissements scolaires, Philippe Seas, président du Groupement Actibaie, a rappelé que cela dépendait du bâtiment concerné. « De nombreuses collectivités ont déjà amélioré l’isolation des fenêtres depuis des décennies. Dans certains cas, une intervention ciblée suffit à réduire la température intérieure en période de canicule, à l'image des 700 stores motorisés installés dans 12 écoles de la ville de Poissy, permettant d'afficher - 10 °C dans les bâtiments. »
Habitabilité plutôt que confort d’été
Le confort d’été s’impose désormais comme un critère d’habitabilité à part entière. L’enjeu n’est plus seulement d’améliorer le bien-être des occupants mais de garantir la capacité des bâtiments à rester utilisables dans un contexte de réchauffement structurel.
Ainsi, face à l’ampleur des épisodes de chaleur, et en fonction des zones géographiques ou de la population, les intervenants ont acté que le recours à la climatisation ne devait pas systématiquement être mis de côté et était parfois nécessaire. « Nous sommes complémentaires, il serait contreproductif de nous opposer », a souligné Philippe Seas, évoquant notamment le cas des hôpitaux ou des logements des personnes âgées. L’enjeu est alors de définir un niveau de consommation acceptable et d’encadrer les installations pour éviter des dérives susceptibles d’aggraver les épisodes de chaleur.
Le rafraîchissement actif – ventilateurs de plafond, brasseurs d’air – constitue une alternative pertinente dans les zones urbaines denses, où l’îlot de chaleur réduit l’efficacité des stratégies passives.
Analyse spécifique
En conclusion du déjeuner, Philippe Seas a résumé l’état d’esprit général : « Chaque bâtiment et chaque région exigent une analyse spécifique. » Un consensus qui traduit la maturité du secteur : les solutions existent, les outils d’analyse se développent mais la massification passe par une compréhension fine des typologies bâties, des contraintes territoriales et des modèles d’usage.
La rencontre a ainsi mis en lumière une ambition commune : accélérer l’adaptation du parc existant en combinant solutions, ingénierie territoriale, financements adaptés et montée en compétence des professionnels. Un impératif pour faire face à des vagues de chaleur qui s’inscrivent désormais comme un phénomène durable.
* Certificats d'économie d'énergie