© Sécuristes de France
Longtemps habituées à avancer seules, les entreprises indépendantes de pose trouvent dans les réseaux un moyen de mutualiser leurs forces sans renoncer à leur liberté. Achats, accompagnement, formation, communication, échanges entre confrères : derrière ces structures, c’est une autre manière d’exercer le métier qui s’est mise en place.

Diriger une entreprise de pose, c’est aujourd’hui cumuler de nombreuses fonctions. Au quotidien, le chef d’entreprise doit gérer ses équipes, ses clients, ses fournisseurs, ses chantiers, mais aussi les questions administratives, commerciales ou encore liées à la communication. Pour les petites structures, cette polyvalence peut rapidement devenir une difficulté.

« Ce sont des petites entreprises, ce sont des chefs d’entreprise qui ont cinq ou six salariés », rappelle Pascale Lentz, responsable du réseau Décos tory. Des dirigeants qui peuvent être à la fois poseurs, commerciaux et gestionnaires, et auxquels s’ajoutent progressivement de nouvelles contraintes. « Il faudrait en plus qu’ils soient spécialisés en communication ou en juridique. »

Dans ce contexte, l’indépendance peut avoir un revers : celui de devoir tout assumer seul. C’est précisément sur cette problématique que les réseaux indépendants ont construit leur raison d’être. Non pas remplacer l’entreprise, ni décider à sa place, mais lui permettre de bénéficier de la force d’un collectif.

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© Décostory
Les réseau organisent des événements pour permettre aux adhérents de se retrouver et d’échanger sur leur quotidien et sur les problématiques du moment.

Le principe est simple : plusieurs entreprises de pose, qui restent indépendantes, décident de se regrouper autour d’intérêts communs. À l’origine, il peut s’agir d’échanger entre professionnels. Puis viennent les achats, les fournisseurs, les outils de communication, la formation ou encore le partage d’expérience. Au fil du temps, le réseau devient une ressource supplémentaire pour le chef d’entreprise. « Beaucoup d’adhérents viennent chez nous parce qu’ils ne veulent Dans ce contexte, l’indépendance peut avoir un revers : celui de devoir tout assumer seul. C’est précisément sur cette problématique que les réseaux indépendants ont construit leur raison d’être. Non pas remplacer l’entreprise, ni décider à sa place, mais lui permettre de bénéficier de la force d’un collectif. Le principe est simple : plusieurs entreprises de pose, qui restent indépendantes, décident de se regrouper autour d’intérêts communs. À l’origine, il peut s’agir d’échanger entre professionnels. Puis viennent les achats, les fournisseurs, les outils de communication, la formation ou encore le partage d’expérience. Au fil du temps, le réseau devient une ressource supplémentaire plus être seuls », observe Pascale Lentz.

Échanges quotidiens

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« Il faut qu’il y ait une véritable envie du fournisseur de créer un partenariat avec nous. Il faut avancer ensemble », Pascale Lentz, Décostory.

Cette volonté de rompre l’isole ment apparaît également dans le fonctionnement quotidien des réseaux. Les adhérents peuvent se solliciter entre eux, confronter leurs pratiques et chercher collectivement des réponses à leurs difficultés. Chez Décostory, par exemple, les échanges entre membres sont quotidiens. « Il y en a un qui pose une question et il a la réponse quasiment dans l’heure qui suit », témoigne Pascale Lentz. Les questions peuvent concerner le juridique, la gestion ou encore les problématiques rencontrées sur le terrain.

Pour Cédric Baudry, directeur opérationnel du réseau Sécuristes de France, cette mise en relation constitue même l’une des principales richesses du modèle. « Aujourd’hui, nous faisons se rencontrer des chefs d’entreprise venus des quatre coins de la France. Ils échangent sur leurs réussites, leurs difficultés tés, leurs expériences et leurs bonnes pratiques. Chacun peut ainsi profiter de solutions déjà expérimentées ailleurs plutôt que de devoir tout construire seul. »

Indépendance

Se regrouper ne signifie toutefois pas renoncer à son indépendance. C’est même l’un des fondements de ces réseaux. Chaque entreprise conserve son activité, son organisation et sa relation avec ses clients. Le collectif intervient là où il peut apporter une force supplémentaire.

Le premier levier est historique ment celui des achats. Lorsque plusieurs entreprises travaillent avec les mêmes fabricants et fournisseurs, leur volume cumulé leur permet de peser davantage dans les négociations. Mais cette mutualisation ne se limite pas à rechercher de meilleurs prix. Elle permet aussi de sélectionner des partenaires et des produits à partir des retours de professionnels qui les utilisent réellement.

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© Décostory
Tous les réseaux ont des panels de produits qu’ils sélectionnent, avec des conditions d’utilisation qui varient d’un réseau à l’autre.

« Les adhérents qui sont présents en commission, ce sont des adhérents qui posent les produits et qui les vendent », explique Pascale Lentz. Ils sont donc en mesure d’évaluer concrètement les avantages et les inconvénients d’une solution, sa facilité de pose ou encore sa pertinence pour leurs entreprises. Le fonctionnement repose alors sur une forme de boucle entre le terrain et le réseau. Les adhérents font remonter leurs besoins, le réseau cherche des réponses puis les solutions proposées sont à nouveau confrontées à l’expérience des entreprises.

Cette logique vaut également pour la communication. Pour une petite entreprise, créer un site internet, gérer son référencement, suivre les avis clients ou construire des campagnes commerciales peut représenter une charge importante et nécessiter des compétences spécifiques. Le réseau peut prendre en charge une partie de ces sujets, avec des outils conçus pour le métier. L’objectif n’est pas de standardiser les entreprises, mais de leur donner accès à des moyens qu’elles auraient plus de difficultés à développer seules. L’accompagnement peut d’ailleurs être adapté à leur taille. Chez Décostory, par exemple, les outils proposés ne sont pas nécessairement les mêmes selon les besoins ou les moyens de chaque adhérent.

Participation des adhérents

Cette proximité avec le terrain constitue l’une des particularités des réseaux indépendants. Les décisions ne sont pas seulement prises par une équipe centrale : les adhérents participent à leur élaboration.

Dans les organisations coopératives, les adhérents sont directement associés à la gouvernance, notamment à travers un conseil d’administration élu parmi eux. Les commissions peuvent également s’appuyer sur l’expérience d’entrepreneurs du réseau, qui apportent ponctuellement leur regard et leur expertise. Cette organisation permet au réseau de rester en prise directe avec les réalités et les problématiques rencontrées au quotidien dans les points de vente et sur les chantiers. Le rôle des adhérents est ainsi de contribuer à la vie collective tout en partageant leur expérience du terrain, au bénéfice de l’ensemble du réseau.

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« L’un de nos enjeux est de donner envie à une nouvelle génération de dirigeants de s’investir dans la vie collective du réseau », Cédric Boudry, Sécuriste de France.

La commission communication, par exemple, peut analyser les outils proposés aux adhérents et déterminer ce qui fonctionne ou doit évoluer. « L’objectif est très concret : identifier ce qui fonctionne, ce qui doit évoluer, ce qu’il faut améliorer et parfois ce qu’il faut savoir arrêter », détaille Cédric Boudry.

Le réseau devient ainsi moins une structure descendante qu’un espace d’échange. « Nous nous servons vraiment de ce qui remonte du terrain pour construire et faire évoluer nos outils et nos actions », poursuit-il.

Cette implication suppose cependant un engagement des adhérents. Faire partie d’un réseau ne consiste pas uniquement à bénéficier de services. Selon les organisations, des règles communes existent : référencement, niveaux d’achats, présence lors d’événements, participation à la vie collective ou encore respect d’une charte.

L’adhésion crée donc des droits, mais aussi des devoirs. « Comme dans tout collectif, il existe des valeurs, des règles, des droits et des devoirs. Le rôle de la tête de réseau est aussi de faire vivre ce cadre et de veiller à son respect », souligne Cédric Boudry.

Panel de produits

C’est ici que se trouve sans doute la particularité de ces réseaux : ils cherchent à organiser le collectif sans faire disparaître l’indépendance de ceux qui le composent. L’installateur conserve notamment une capacité de choix dans ses fournisseurs, selon les règles définies par son réseau. Chez certains, les obligations d’achat sont importantes chez d’autres, elles sont plus souples. L’objectif reste de disposer d’un référencement suffisamment pertinent pour apporter des réponses aux adhérents. « Tous les réseaux ont des panels de produits qu’ils sélectionnent », rappelle Cédric Boudry. Mais les conditions d’utilisation de ces panels varient d’un réseau à l’autre. « Chez Sécuristes de France, nous voulons conserver une vraie liberté entrepreneuriale : nous cherchons à proposer le meilleur référencement possible tout en demandant à chacun un niveau minimum d’engagement envers le collectif. »

Chez Décostory, les adhérents peuvent continuer à travailler avec des fournisseurs non référencés, dans certaines proportions. Cette possibilité illustre une volonté de conserver une marge de liberté tout en donnant au collectif une puissance de négociation.

L’enjeu est également de pouvoir construire des relations durables avec les fabricants. Le réseau ne cherche pas seulement à obtenir un prix pour un produit donné. Il souhaite pouvoir travailler avec des partenaires capables d’accompagner ses adhérents dans la durée. « Il faut qu’il y ait une véritable envie du fournisseur de créer un partenariat avec nous. Il faut avancer ensemble », affirme Pascale Lentz.

Le réseau indépendant devient ainsi une interface entre des entreprises de pose et leurs fournisseurs, avec une logique qui ne repose pas uniquement sur l’achat, mais sur la construction d’une relation.

Se former pour faire évoluer le métier

La mutualisation trouve également un terrain particulièrement important dans la formation. Le sujet est d’autant plus sensible que les entreprises rencontrent des difficultés de recrutement et doivent souvent former elles-mêmes leurs nouveaux collaborateurs.

Or, former un salarié représente un investissement important pour une petite structure. « Une formation prend énormément de temps. Et quand nous avons formé des salariés, ils partent. C’est compliqué pour des petites entreprises de cinq à dix personnes d’arriver à gérer cette problématique », constate Pascale Lentz.

Dans le domaine technique, les fabricants conservent un rôle central : ce sont eux qui forment les poseurs à leurs produits, généralement dans leurs centres de formation. Le réseau peut, de son côté, intervenir sur des compétences plus transversales. Vente, gestion d’entreprise, communication ou encore intelligence artificielle peuvent ainsi faire partie des sujets proposés aux adhérents. Le réseau accompagne alors l’entreprise au-delà de la seule maîtrise technique des produits.

Cette question rejoint plus largement celle de la professionnalisation du métier. Dans la fermeture et la protection solaire, les besoins en compétences sont importants, alors même que les dirigeants peinent à recruter. Les réseaux peuvent donc également devenir des lieux où ces problématiques sont identifiées collectivement et où des réponses communes sont recherchées.

La démarche menée avec le Groupement Actibaie autour d’une formation à la pose illustre cette volonté. « Il existe de nombreuses formations mais pour devenir poseur de fenêtres ou de stores, il n’y a rien », souligne Pascale Lentz. L’objectif est donc de contribuer à structurer davantage les compétences propres au secteur.

Multiplicateur d’opportunités

À mesure que les entreprises échangent entre elles, le réseau produit également un effet difficilement quantifiable : la circulation des idées.

Un adhérent peut avoir identifié un fournisseur, une organisation ou une méthode avant qu’elle ne soit connue de ses confrères. Le réseau permet alors de faire circuler cette information rapidement.

Pour Cédric Boudry, c’est ce qui transforme le réseau en « multiplicateur d’opportunités ». L’image est parlante : chaque entreprise apporte son expérience, ses contacts et ses solutions, puis les met à disposition du collectif. Ce fonctionnement peut aussi favoriser l’innovation dans les pratiques. Une entreprise confrontée à une difficulté particulière peut découvrir qu’un autre adhérent a déjà trouvé une réponse. Plutôt que de repartir de zéro, elle bénéficie d’une expérience déjà acquise.

Le réseau ne remplace donc pas l’expertise de l’entreprise. Il l’augmente par celle des autres.

Engagement

Cette dimension collective suppose néanmoins une implication. Les réseaux indépendants ne fonctionnent que si leurs adhérents acceptent d’y consacrer du temps. Participer aux commissions, prendre part aux décisions, assister aux événements, partager son expérience : autant d’engagements qui permettent au collectif de rester connecté aux réalités du terrain. Cette question constitue d’ailleurs l’un des défis de ces organisations. « L’un de nos enjeux est aussi de donner envie à une nouvelle génération de dirigeants de s’investir dans la vie collective du réseau et d’en prendre progressivement les responsabilités », observe Cédric Boudry.

Car un réseau ne peut pas être uniquement une boîte à outils mise à disposition de ses membres. Sa valeur dépend aussi de l’implication de ceux qui le composent. Plus les adhérents partagent, plus le réseau accumule d’expérience ; plus ils participent, plus les décisions peuvent rester en prise avec le terrain. C’est finalement cette notion d’engagement qui distingue peut-être le mieux ces structures. Rejoindre un réseau indépendant, ce n’est pas simplement chercher de meilleures conditions d’achat ou récupérer des outils de communication. C’est accepter de faire partie d’un collectif et de contribuer à sa construction.

« Le réseau, c’est aussi le bon côté de notre métier : des hommes et des femmes, des rencontres, du partage et des opportunités que l’on n’aurait probablement pas créées seul », résume Cédric Boudry. Dans un secteur où le chef d’entreprise peut rapidement se retrouver seul face à la multiplication des contraintes, la force du réseau est précisément de transformer cette solitude en échange. L’indépendance reste au cœur du modèle, mais elle ne se vit plus nécessairement en solitaire. Elle peut au contraire prendre une nouvelle forme : celle d’entreprises qui choisissent de mettre en commun une partie de leurs moyens, de leurs expériences et de leur temps pour rester maîtres de leurs décisions tout en bénéficiant de la force du collectif.